LE TONNERRE FRAPPE LA MAISON LOUÉE PAR JEAN GAUTHIER

En novembre 1677, par l'intermédiaire de l'huissier François GENAPLE, Pierre BOUVIER somme Jean GAUTHIER dit LAROUCHE à quitter la maison qu'il lui a louée et ce, avant la Saint-Jean-Baptiste de l'année suivante. Le 15 avril 1678, à la requête de BOUVIER, GAUTHIER est assigné à comparaître devant le tribunal de la Prévôté de Québec pour lui payer la somme de 240 livres pour deux années de loyer de la maison qu'il tient à ferme. Le lendemain, le juge de la Prévôté ordonne aux parties de revenir après les semences et demande une copie du bail passé entre eux le 12 mars 1676 devant le notaire Pierre DUQUET.

En consultant la banque de données notariales Parchemin, on retrouve ce « Bail à loyer d'une maison située en la basse-ville de Québec par Pierre BOUVIER, maître taillandier, de la seigneurie de Dombourg, à Jean GAUTHIER dit LAROUCHE, maître taillandier, de la ville de Québec ». Cette maison, située près du Sault-au-Matelot, est louée pour le temps de trois ans à raison de 120 livres par année.

Le 25 juin 1678, une sentence de la Prévôté ordonne aux parties de mettre au greffe les pièces dont elles prétendent se servir pour le procès. Les parties sont présentes le 6 juillet pour exposer leurs doléances.

Pierre BOUVIER demande que Jean GAUTHIER dit LAROUCHE :

- soit condamné à « vuider » [lire : quitter] la maison;

- lui paie ce qu'il lui doit pour le loyer;

- lui remette sa maison dans le même état qu'il lui a louée;

- lui rende un soc de charrue appartenant à BRANTIGNY.

N'ayant pas été poursuivi et étant prêt à satisfaire son locateur, Jean GAUTHIER dit LAROUCHE prétend jouir de ladite maison pendant le temps porté par le bail à loyer et ne tient pas compte de la sommation que lui a faite BOUVIER en novembre 1677. Il rendra ladite maison dans l'état qu'il l'a prise, « à la reServe deS vitres et chaSSis que le tonnerre luy a rompu et caSSé ». De plus, GAUTHIER déclare que c'est le fils du sieur DE LA FERTÉ qui est venu chercher le soc de charrue de la part dudit BOUVIER; qu'il lui a donné avec des peaux d'orignaux qui étaient dans la maison.

Cependant, BOUVIER réplique en demandant d'être payé du temps qu'il a perdu à la poursuite du procès et constate que GAUTHIER « ESt Icy qui plaide Sans quil luy en CouSte [rien] » !

Le même jour, 6 juillet, après avoir examiné les pièces apportées au procès, le juge René-Louis CHARTIER de LOTBINIERE ordonne à Jean GAUTHIER dit LAROUCHE :

- de jouir de la maison qu'il tient à ferme de BOUVIER, pendant le temps porté par le bail;

- de payer les loyers exigés;

- de rendre ladite maison en pareil état qu'il l'a prise;

- de justifier que le tonnerre a cassé les châssis et les vitres et, si tel est le cas, il ne sera pas tenu de les réparer;

- de rendre à BOUVIER le soc de charrue qu'il lui avait laissé.

Quant à Pierre BOUVIER, le juge le condamne aux dépens du procès. Un mois plus tard, les parties reviennent devant la Prévôté concernant des deniers que GAUTHIER a remis à BOUVIER pour les loyers de ladite maison !

Rédaction : Guy Perron, paléographe

Source : Prévôté de Québec, transcription des volumes 11 (Grand criminel), 12 (registre civil) et 13 (Petit criminel), décembre 1677 au 18 décembre 1686, Longueuil, Les Éditions historiques et généalogiques Pepin, tome VI, coll. Notre patrimoine national no. 327, 2004.