ANNE TAVERNIER, VICTIME DE RAPPORTS SCANDALEUX, FAUX ET CONTROUVÉS

En mai 1677, une sentence mentionne que Jean ACHIN n'est pas homme à fréquenter car il est à l'origine de plusieurs différends qu'il aurait mis dans des ménages.

Quelques semaines plus tard, en juillet 1677, toujours devant le tribunal de la Prévôté de Québec, Anne TAVERNIER [épouse de Robert MOSSION] demande à ce que Jean ACHIN ait à lui faire réparation « des rapports scandaleux, faux et controuvés (lire : inventés) qu'il a malicieusement fait à plusieurs personnes afin de la mettre en discorde et mauvaise intelligence avec eux » et que défenses lui soient faites de tenir de tels discours contre son honneur ! Selon TAVERNIER, c'est pour de pareilles choses que l'Intendant l'a banni de l'Île d'Orléans et l'aurait fait raser autour de l'oreille.

« Supposé qu'il ait dit quelques paroles insolentes [à la plaignante] », Jean ACHIN affirme qu'il en a bien dit à d'autres ! Afin de prouver que TAVERNIER n'a pas non plus la langue dans sa poche, il expose une dispute entre elle et le nommé Claude. Alors qu'il mangeait un morceau de pain, le nommé Claude aurait demandé à Jeannot [Jean] MOSSION, fils aîné de TAVERNIER, pourquoi il le regardait manger ! Il lui dit : « T'imagine-tu que je mange le saumon ou le beurre ? » et poussa l'enfant qui s'écria. Anne TAVERNIER vient au secours de Jeannot et dit au nommé Claude qu'elle ne voulait pas qu'on frappe son enfant. Il lui fit réponse qu'il ne voulait pas que l'enfant le regardât sous le nez !

Puis, une confrontation verbale s'installe entre le nommé Claude et TAVERNIER, entre autre que sa langue n'avait jamais fait de torts à personne comme la sienne ! Assurément, le nommé Claude fait référence ici aux menaces du comte de FRONTENAC envers Anne TAVERNIER pour sa mauvaise langue à l'effet qu'il ferait donner le fouet à ceux qui parlaient trop !

Enfin de compte, la cause est communiquée au procureur du roi, mais sans suite ! Le juge a-t-il pris en considération la phrase prononcée par Jean ACHIN, pour minimiser la portée de la plainte de TAVERNIER : « Faut-il tant écrire pour si peu de choses » ?

Rédaction : Guy Perron, paléographe

Source : Prévôté de Québec, transcription des volumes 9 et 10 (registres civils), 14 janvier 1676 au 14 décembre 1677, Longueuil, Les Éditions historiques et généalogiques Pepin, tome V, coll. Notre patrimoine national no. 315, 2004.