REFUGE AUX IROQUOIS ET COUPE-GORGE AUX HABITANTS

En mars-avril 1667, le juge de la Prévôté de Québec doit statuer sur le litige opposant Jean SERREAU dit SAINT-AUBIN et dame Marie-Barbe DE BOULOGNE, seigneuresse d'Argentenay (Île d'Orléans). Cette dernière demande au juge de condamner SERREAU à quitter la terre qu'il s'est emparé par usurpation parce qu'il ne veut pas accepter de titre de concession.

SERREAU explique que s'il refuse de prendre un tel titre, c'est qu'elle ne veut pas lui accorder les quatre arpents de terre de front comme promis, mais seulement trois arpents. De plus, SERREAU demande la jouissance des terres qui ont été abandonnées par Marin NOURICE et François GAULIN à cause des incursions iroquoises, pour y avoir travaillé pour une quantité de 10 arpents prêts à piocher ! C'est d'ailleurs la seigneuresse, lorsqu'elle était chez les Ursulines [en 1663], qui lui aurait demandé de travailler sur ces terres abandonnées. Il est mentionné que depuis le décès [en 1660] de Louis D'AILLEBOUST, seigneur de Coulonges et d'Argentenay, et « par l'ordre » de la veuve seigneuresse, aucun travail n'a été fait sur une grande quantité de terres d'Argentenay, ce qui fait que les lieux servent « de refuge aux Iroquois et de coupe-gorge aux habitants » !

Ayant obtenu la grâce du Roi, lettres entérinées par le Conseil souverain, SERREAU affirme qu'il ne peut être frustré du bien qui lui appartient à la suite de ce qui s'est passé, mais au contraire qu'il soit remis en possession de ladite terre. Rappelons que SERREAU avait obtenu le pardon royal après avoir été accusé du meurtre de Jean Terme dans une querelle.

En fin de compte, après avoir examiné les conclusions du procureur fiscal, le juge CHARTIER condamne Jean SERREAU dit SAINT-AUBIN « de déguerpir de la possession des terres » appartenant à Barbe DE BOULOGNE, seigneuresse. Cependant, il lui est permis de vendre la première habitation promise et qu'il a eu pendant cinq ans. En plus, SERREAU est condamné à payer 5 sols d'amende pour avoir blasphémé le saint nom de Dieu et fait quelques injures, ayant oublié le respect qu'il doit en tant que vassal de la seigneuresse.



Rédaction : Guy Perron, paléographe

Source : Prévôté de Québec, transcription des volumes 1 et 2 (registres civils), 2 novembre 1666 au 26 octobre 1668, Longueuil, Les Éditions historiques et généalogiques Pepin, tome I, coll. Notre patrimoine national no. 220, 2002.