QUERELLE ENTRE MARGUERITE BEAUGRAND ET LE FILS DE PIERRE NIEL

Au mois d'août 1679, la femme de Charles MARQUIS [Marguerite BEAUGRAND] agresse et frappe le fils aîné de Pierre NIEL qui, voulant fuir et s'échapper d'elle, l'a prend entre les jambes de sorte qu'il l'entraîne jusqu'au bas du petit coteau de la plate-forme de Québec, incapable de se défaire d'elle. Au secours de sa femme, MARQUIS se jette sur le jeune NIEL et le frappe avant qu'il ait pu se défaire d'elle. Voyant Pierre NIEL et sa femme [Jacquette LEFRANC] venir au bruit causé par cette querelle, BEAUGRAND gifle et donne un coup de pied à LEFRANC et lui profère plusieurs injures ainsi qu'à NIEL, père et fils.

Le 2 septembre suivant, en la chambre criminelle de la Prévôté de Québec, le juge ordonne que MARQUIS et NIEL aient communication, de part et d'autre, des requêtes et autres pièces produites par eux au procès.

Ainsi, pour excès commis en la personne de sa femme, Charles MARQUIS requiert :

- que Marguerite BEAUGRAND, son épouse, soit visitée par un chirurgien pour en faire un rapport. Ce rapport stipule qu'il « paroist avoir sorty de loreille gauche de la femme [...] quelque goustes de sang Et une playe Sur la rotulle du Genouil droit de grandeur dun petit bout de doigt »;

- l'obtention d'une provision alimentaire;

- qu'une nouvelle visite du chirurgien soit faite, attendu le « danger de la vie » où se trouve sa femme. Le rapport du chirurgien DE MOSNY stipule qu'il « parroiSt que la femme [...] Se plaint d'une douleur de teste, Et quil luy Sort par loreille qlque matiere Sanglante Se pleignant d'avoir depuis cinq ou Six Jours une grande perte de Sang ce qui luy cauSe une petitte foibleSSe avec debilité, Et une petitte fiebvre »;

- d'avoir communication des informations et pièces produites par Pierre NIEL, disant avoir lieu de récuser trois témoins : Jean HUART, procureur fiscal de la côte de Lauson, Henri BRAULT dit POMMAINVILLE, habitant, et Benoît LAISNÉ, tambour de la garnison de Québec;

- de condamner Pierre NIEL en tous les retardements de service, dommages et intérêts et aux réparations envers lui et son épouse, et aux dépens du procès;

- d'avoir 300 livres de réparation civile contre NIEL. 

Quant à Pierre NIEL, pour excès commis par MARQUIS et BEAUGRAND, en la personne de son fils, il requiert :

- de condamner MARQUIS et BEAUGRAND à lui faire réparation d'honneur de même qu'à sa femme et à son fils, et aux dépens du procès;

- de récuser les nommés BALLON, un matelot du navire « La Sainte-Agnès » et un autre qui lui est inconnu.

Après avoir considéré les pièces apportées au procès, le juge condamne Charles MARQUIS à 10 livres d'amende envers le roi et aux dépens du procès (24 livres) et défense lui est faite, ainsi qu'à sa femme, de récidiver sous telle peine que de raison. De plus, le juge enjoint MARQUIS à « retenir » sa femme sous peine d'être tenu responsable des fautes qu'elle pourrait faire dans ses « emportements ».

Rédaction : Guy Perron, paléographe


Source : Prévôté de Québec, transcription des volumes 11 (Grand criminel), 12 (registre civil) et 13 (Petit criminel), 17 décembre 1677 au 19 août 1686, Longueuil, Les Éditions historiques et généalogiques Pepin, tome VI, coll. Notre patrimoine national, 2004, (à paraître).