FRANÇOIS GENAPLE AU SECOURS DE SON FILS !

Le 21 octobre 1685, Joachim CHALONS, agent général de l'ancienne compagnie des fermes du roi en Nouvelle-France, porte plainte au juge de la Prévôté de Québec contre François GENAPLE DE BELLEFOND, fils, pour excès et voie de fait commis en sa personne. 

C'est que plus tôt dans la journée, vers les deux heures de l'après-midi, alors qu'il sortait de la maison des Jésuites pour aller à la paroisse entendre les vêpres et rendu aux deux tiers du chemin, CHALONS vit s'avancer tout d'un coup François GENAPLE fils qui se serait mis devant pour lui empêcher le passage. Avec quelques blasphèmes, GENAPLE lui demande pourquoi il a dit au sieur DE LA HÉRONNIÈRE, agent général de la nouvelle compagnie, que son père et lui étaient des fripons ! Ces paroles auraient même débouté DE LA HÉRONNIÈRE à lui donner l'emploi de garde à la conservation des droits. Mais CHALONS lui fit réponse que la chose ne s'était pas passée comme il disait et qu'il n'avait jamais traité son père, ni lui, de fripons.

Reprenant la parole, GENAPLE fils serait repartit en jurant plusieurs fois le saint nom de Dieu en disant qu'il avait raison et que tous deux devaient en débattre ! Cependant, CHALONS fit savoir à GENAPLE fils que ce n'était pas avec un cadet comme lui, ni avec d'autres, qu'il allait le faire et l'avisait en ces termes : « mon petit camarade, prenez garde à ce que vous faites ». Reculant de quelques pas, GENAPLE fils aurait frappé CHALONS d'un coup d'épée sur le coude du bras droit qui protégeait son visage. CHALONS raconte que le coup était si violent qu'il a coupé son habit et son coude « lui fait grande douleur ».

Pour éviter la suite « du mauvais dessein » de GENAPLE fils et l'assassinat qu'il voulait commettre de sa personne, CHALONS serait entré dans l'église et demeuré quelque temps. Puis, il en serait sortit avec le nommé LATOUCHE, garde des droits, pour aller chez Monsieur le Gouverneur qui renvoya la plainte au procureur du roi de la Prévôté de Québec.

François GENAPLE fils est « appréhendé par corps », mais il est mis en la garde d'un huissier car il n'y a pas d'autres prisons que celles de la Prévôté qui a pour greffier François GENAPLE DE BELLEFOND père, notaire et geôlier desdites prisons !

Après avoir interrogé GENAPLE père et entendu ses réponses et dénégations, de même que les dépositions de quelques témoins, le juge ordonne que GENAPLE fils soit libéré de la garde de l'huissier MARQUIS à condition qu'elle soit faite par GENAPLE père. Il lui est aussi défendu de porter l'épée. Le 23 novembre suivant, François GENAPLE DE BELLEFOND, greffier de la Prévôté, déclare prendre « soin et garde » de [Jean-]François, son fils.

Rédaction : Guy Perron, paléographe


Source : Prévôté de Québec, transcription des volumes 11 (Grand criminel), 12 (registre civil) et 13 (Petit criminel), décembre 1677 au 18 décembre 1686, Longueuil, Les Éditions historiques et généalogiques Pepin, tome VI, coll. Notre patrimoine national no. 327, 2004.