LA TENTATIVE D'ÉVASION DE JACQUELINE ROULLOIS

Le 21 août 1667, le lieutenant général civil et criminel Louis-Théandre CHARTIER rend un jugement concernant la tentative d'évasion de Jacqueline ROULLOIS [22 ans], femme de Denis DEROME dit DESCARREAUX [45 ans], taillandier de Québec. On ne connaît pas les motifs de la jeune femme qui planifie son évasion avec la complicité de Pierre PINEL, habitant de Cap-Rouge. 

Le 20 juillet 1667, Pierre PINEL écrit une lettre à sa belle-mère [Marie DAVID] lui demandant de recevoir Jacqueline ROULLOIS chez elle à La Rochelle. Le 3 août suivant, une autre lettre de PINEL est destinée au capitaine THOMAS, du navire L'Oranger, le priant d'avoir soin de ROULLOIS durant le voyage tout en lui promettant le paiement de son passage.

L'objectif de Jacqueline ROULLOIS est de s'absenter durant la nuit « contre l'honneur dû audit DESCARREAUX, son mari » et prendre la fuite en compagnie de Michel POIRIER dit LANGEVIN et Joseph PERRIER dit DESPRÉS. Ces derniers doivent la conduire et l'amener jusqu'à l'Île aux Coudres pour s'évader avec elle en France. Mais l'évasion n'a pas lieu !

Arrivé à Québec le 29 juillet 1667, le navire L'Oranger repart le 30 septembre sans ROULLOIS, POIRIER et PERRIER comme passagers. Quelqu'un aurait-il dénoncé le complot ? Quoi qu'il en soit, on interroge POIRIER et PERRIER le 18 août pour que communication soit faite au procureur fiscal des seigneurs du pays. Après avoir interrogé Jacqueline ROULLOIS, Pierre PINEL et Charlotte FOUGÈRE [sic], épouse de PINEL, on confronte les aveux, le 20 août, de PERRIER, POIRIER et PINEL pour les comparer. Enfin, le 21 août, le procureur fiscal conclut.

Michel POIRIER dit LANGEVIN et Joseph PERRIER dit DESPRÉS sont condamnés à servir d'esclaves en dehors de la banlieue et de la ville de Québec durant trois ans chez un maître qui sera jugé à propos. Entre-temps, ils resteront en prison. Défense à eux de récidiver sous peine de la hart. Jacqueline ROULLOIS est condamnée à demeurer dans la maison de Denis DEROME, son mari, qui lui servira de prison pendant trois ans. Défense à elle d'en sortir et de recevoir compagnie sans sa permission, sous peine de punition corporelle.

Pour avoir sollicité et prêté faveur à la tentative d'évasion, Pierre PINEL est condamné à 100 livres d'amende et à bannissement pendant trois ans de la banlieue et ville de Québec et aux dépens du procès. Défense à lui aussi de récidiver sous peine de la hart. Pour avoir promis le passage et la « retraite » de Jacqueline ROULLOIS et compagnie [POIRIER ET PERRIER], sur le navire L'Oranger, sans quoi leur voyage en France ne pouvait se faire, le capitaine THOMAS sera amplement informé à la diligence du procureur fiscal.

La sentence est prononcée le même jour dans la prison à LANGEVIN, DESPRÉS et PINEL, lequel déclare qu'il « se porte pour appelant », et le lendemain, 22 août, à ROULLOIS dans sa maison de Québec.

Rédaction : Guy Perron, paléographe

Source : Prévôté de Québec, transcription des volumes 1 et 2 (registres civils), 2 novembre 1666 au 26 octobre 1668, Longueuil, Les Éditions historiques et généalogiques Pepin, tome I, coll. Notre patrimoine national no. 220, 2002, p. 155-157.