VIOLENCE ET INJURES DANS LE COUPLE DURAND-REGNOUARD

En 1674, les registres de la Prévôté de Québec nous révèlent le cas de violence conjugale qui « règne » dans le couple DURAND-REGNOUARD. Ne pouvant plus supporter que son mari l'excède et la maltraite, Marie REGNOUARD demande dans sa requête, présentée au juge CHARTIER, qu'elle soit séparée de corps et de biens. Présent à l'audience du 10 avril, le cabaretier Nicolas DURAND répond que cela fait suite aux injures de sa femme qui lui a aussi donné quelques coups. Le juge renvoit les parties hors de cour.

Cette violence conjugale oblige Marie à quitter la maison et à loger chez Jacques CACHELIÈVRE. N'appréciant pas ce geste, Nicolas revient devant la Prévôté et demande, le 8 juin suivant, que défense soit faite à quiconque de « retirer » sa femme dans leur demeure. Mais Marie ne demande pas mieux de revenir à la maison, pourvu qu'elle y vive paisiblement, comme le juge leur avait demandé. Nicolas GAUVREAU et Claude CHASLE sont alors mandatés par le juge pour lui en faire rapport.

C'est dans l'après midi du 4 juillet que le juge entend plus amplement les parties. À sa première requête, demandant séparation de corps et de biens avec son mari, Marie REGNOUARD en ajoute une seconde afin de récupérer ses hardes et le lit que lui a donné sa mère. Nicolas DURAND raconte que sa femme n'a pas respectée la demande du juge (de vivre paisiblement) car elle continue toujours à mener sa vie passée, c'est-à-dire qu'elle « découche » depuis 3 ou 4 jours. En plus, Nicolas explique que Marie lui a fait du tort en emportant ce qui lui appartient, dissipant ainsi leurs biens, car il ne peut payer ce qu'il doit aux marchands !

À l'audience, GAUVREAU et CHASLE rapportent que le couple a depuis toujours vécu « en grand bruit », que Marie a été la plupart du temps agressée et que Nicolas s'enivre souvent en prenant du vin presque tous les jours. DURAND admet avoir battu sa femme après qu'elle le pris à la gorge et marqué au visage. Il aurait seulement voulu l'intimider avec un manche à balai parce qu'elle lui avait lancé des pierres. Le juge s'en rapporte aux conclusions du procureur du roi qui fait défense :

- au couple DURAND-REGNOUARD d'user d'aucune voie de fait ni de paroles invectives l'un envers l'autre sous peine de prison contre le contrevenant;
- à Nicolas DURAND de s'enivrer à peine de 24 heures de prison, au pain et à l'eau, pour la première fois et du double s'il y a récidive;
- à Jacques CACHELIÈVRE et à son épouse de loger REGNOUARD;

- à tous les cabaretiers de fournir de la boisson, directement ou indirectement, à DURAND sous peine d'amende;
- à Marie REGNOUARD d'agresser son mari, ni de l'injurier en façon quelconque.

Pour éviter les injures qu'il pourrait recevoir par la publication de la défense aux cabaretiers de lui donner du vin, DURAND demande qu'on prouve qu'il soit « gâté de vin » et qu'il fasse du bruit et maltraite sa femme ! Les défenses du procureur du roi n'étant pas respectées de part et d'autre, le 11 septembre, le juge est contraint d'augmenter considérablement les amendes. Afin de dissuader les contrevenants, cette dernière sentence sera lue et
affichée aux lieux ordinaires « afin que personne n'en prétende cause d'ignorance ».

Mais Marie REGNOUARD n'est pas au bout de ses peines puisqu'elle revient devant le juge de la Prévôté en décembre 1675 ! Elle est alors enceinte et en « grande nécessité ».



Rédaction : Guy Perron, paléographe

Source : Prévôté de Québec, transcription des volumes 7 et 8 (registres civils), 9 janvier 1674 au 20 décembre 1675, Longueuil, Les Éditions historiques et généalogiques Pepin, tome IV, coll. Notre patrimoine national no. 312, 2003.