UN DÉVOILEMENT DE BUSTE MEURTRIER

Le mercredi 6 novembre 1686, dans le plus grand honneur et avec cérémonie, on procède au dévoilement d'un buste sur la Place Royale à Québec. C'est à l'initiative de l'intendant DE CHAMPIGNY, désirant plaire au roi, qu'un socle de pierre est érigé portant le buste de bronze du roi Louis XIV.

Passant proche des habitants « qui étaient sous les armes en haie » rangés au coin de la maison de François HAZEUR, Henri PETIT, marchand et bourgeois de Paris, est blessé par balle.

Ce n'est que le 30 novembre suivant que le taillandier Jean GAUTHIER dit LAROUCHE est « appréhendé par corps et constitué prisonnier » pour être interrogé sur les faits dont l'accusent Joseph PETIT BRUNEAU et Simon JARENT, marchands de Trois-Rivières. Ces derniers racontent au juge de la Prévôté de Québec que leur frère et beau-frère fut « tiré d'un coup de fusil qui fracassa la cheville du pied et le bas de la jambe » d'une telle manière qu'il en est mort. Le fusil était alors chargé avec des « balles coupées en quartiers ». Selon PETIT BRUNEAU et JARENT, cette mort cause la perte totale de leurs affaires et la famille en souffrira toujours. C'est pourquoi, ils réclament 15 000 livres d'intérêts civils, soit 5 000 livres pour la veuve d'Henri PETIT et 5 000 livres pour chacun d'eux.

Après les dépositions de 22 témoins, des confrontations, des informations, les conclusions du procureur du roi, etc. et le rapport des chirurgiens Jean DE MOSNY et Timothée ROUSSEL qui ont « pensé et médicamenté » le défunt PETIT et en ont certifié la blessure, le juge René-Louis CHARTIER de LOTBINIÈRE déclare Jean GAUTHIER dit LAROUCHE « dûment atteint et convaincu » d'avoir tiré un coup de fusil « le jour où le buste du roi fut élevé à la basse-ville dans la place commune proche de la maison de François HAZEUR du côté du Sault au Matelot » et blesser à mort Henri PETIT, décédé quelque temps après.

Jean GAUTHIER dit LAROUCHE est condamné à sortir de prison « où il est détenu par l'exécuteur de la haute justice » pour être conduit devant la porte principale de l'église Notre-Dame et y faire amende honorable, nu tête (les cheveux coupés), la corde au cou avec une torche ardente au poing et là, à genoux demander pardon à Dieu, au roi et à la justice « d'avoir à tort et sans raison blessé brutalement Henri PETIT d'un coup de fusil dont il est mort ».

L'accusé GAUTHIER est banni à perpétuité de la ville et banlieue de Québec et il est condamné en 50 livres d'amende envers le roi, à 2 000 livres d'intérêts civils (1 500 livres envers la veuve et 500 livres envers PETIT BRUNEAU et JARENT) et aux dépens du procès.

En présence du huissier MARQUIS et du procureur du roi, la sentence est prononcée le 18 décembre à l'accusé GAUTHIER qui la porte en appel devant le Conseil souverain.

Comme il nuisait au commerce et gênait la circulation, le buste de Louis XIV fut enlevé vers 1700. Le buste actuel est le deuxième donné par la France. Il a été installé en 1931, et a été enlevé de nouveau pour les mêmes raisons, puis réinstallé en 1948 sur un piédestal de granite gris remplacé subséquemment par le piédestal actuel.

Rédaction : Guy Perron, paléographe

Source : Prévôté de Québec, transcription des volumes 11 (Grand criminel), 12 (registre civil) et 13 (Petit criminel), 17 décembre 1677 au 19 août 1686, Longueuil, Les Éditions historiques et généalogiques Pepin, tome VI, coll. Notre patrimoine national, 2004, (à paraître).