MARQUÉE D'UN FER EN FORME DE FLEUR DE LYS

Dans la nuit du 4 au 5 août 1682, pendant qu'un terrible incendie détruit 55 des 85 maisons que compte alors la basse-ville de Québec, Jeanne ARRIVÉE [15 ans] prend et vole des marchandises sur la grève. Elle est la fille de Jacques ARRIVÉE dit DELISLE et de Renée DE LA PORTE.

Le 11 août, après avoir interrogé la jeune fille, détenue en prison, le juge de la Prévôté de Québec ordonne que visites soient faites chez Michel DUVAULT dit DESCORMIERS [2e époux de Renée DE LA PORTE] à la Pointe-aux-Trembles et chez le nommé RIPOCHE à Cap-Rouge pour saisir les marchandises et en faire l'inventaire. De plus, il assigne DESCORMIERS, DE LA PORTE et Madeleine ARRIVÉE [13 ans] à comparaître en la chambre criminelle pour être interrogés sur les faits allégués à Jeanne.

Accusée de « vol nocturne pendant l'incendie arrivé en cette ville », Jeanne est mise sur la sellette le 27 août. La sellette est un petit siège bas sur lequel on oblige un accusé de s'asseoir quand on l'interroge pour le juger. Après quelques ordonnances, procès-verbaux, interrogatoires, requêtes, réquisitoires, confrontations et les conclusions du procureur du roi, le juge René-Louis CHARTIER DE LOTBINIÈRE condamne Jeanne ARRIVÉE à sortir de prison pour être battue de verges devant la porte de la Prévôté, à tous les carrefours et à la grande place de la basse-ville où il lui sera appliqué sur l'épaule droite un fer chaud en forme de fleur de lys pour qu'elle en soit « flétrie et marquée » et à 200 livres d'amende.

Il ordonne au couple DESCORMIERS-DE LA PORTE de sortir de prison avec défense d'y faire demeure sous peine de 100 livres d'amende, tandis que Madeleine ARRIVÉE est acquittée.

Le même jour, la sentence est prononcée à Jeanne ARRIVÉE en présence de Michel DUVAULT dit DESCORMIERS et Renée DE LA PORTE, laquelle déclare vouloir en appeler pour sa fille devant le Conseil souverain.

Rédaction : Guy Perron, paléographe

Source : Prévôté de Québec, transcription des volumes 11 (Grand criminel), 12 (registre civil) et 13 (Petit criminel), 17 décembre 1677 au 19 août 1686, Longueuil, Les Éditions historiques et généalogiques Pepin, tome VI, coll. Notre patrimoine national, 2004, (à paraître).