Daniel Perron dit Suire (1638-1678)
Une existence dans l'ombre du père



Son baptême

Né hors mariage, le 25 novembre 1638, Daniel Perron dit Suire est le « fils charnel » de François Peron, marchand de La Rochelle, et de Jeanne Suire, originaire de Surgères (Aunis). Il est baptisé le 26 décembre suivant dans le château de Dompierre par le pasteur Daniel Chanet. Il est de religion calviniste. Voici son extrait de baptême enregistré dans le Papier des baptêmes des petits enfants baptisés en l'église de Dieu qu'il a par sa grâce recueilli en ce lieu de Dompierre et Bourgneuf en Aunis :

Le dimanche Vingt Sizie Jour de decemb Mil Six Centz _
Trante huict A eSte BaptiSe daniel filz Naturel de francoys _
peron et de Janne Suire Ses pere et Mere parain daniel _
Loubié et Marainne Judic Raffineur Led eSt Ne le _
Vingt cinq de Novemb aud an. _

Chanet paSteur


Le château de Dompierre
Les réformés de Bourgneuf possédaient un temple avant 1604. Il est certain qu'il fut détruit en même temps qu'une grande partie du village vers 1621-1624, au cours des événements dont furent témoins les environs de La Rochelle. Dès 1636, l'église réformée de Bourgneuf se joint à celle de Dompierre, où le prêche se poursuit jusqu'en 1685 pour les deux communautés. La seigneurie de Dompierre (aujourd'hui Dompierre-sur-mer) fit construire un temple touchant la préclôture du château au lieu dit Belle-Croix sur la route de Sainte-Soulle. En 1681, l'intendant Demuin signale que la veuve du sieur de Saint-Marsault fait faire l'exercice de la religion réformée dans son château de Dompierre (aujourd'hui : lieu dit Monplaisir).

« Une des aquarelles d'Irigoyen représente le château de Dompierre d'après Chastillon. En fait, la gravure qui a servi à faire cette planche représente le château de Péré. Si parfois un doute peut subsister sur la légende et l'attribution de certaines planches de Claude Chastillon, la gravure de Péré correspond bien au peu que nous savons sur ce château. Par contre, pour Dompierre, nulle certitude jusqu'à présent. Le seul point commun entre le château de Dompierre et celui de Péré, est que l'un et l'autre abritaient, au XVIIe siècle, un temple protestant d'exercice
public ». J.-C. B.

Association Promotion Patrimoine, Châteaux, manoirs et logis. La Charente-Maritime, éditions Patrimoines et médias, 1993. (Directeurs de collection : Philippe Floris, Pascal Talon).

C'est dans le château de Dompierre qu'est baptisé Daniel. Sont présents au baptême : Jeanne Suire, la mère, et les parrain et marraine : Daniel Loubie(r) et Judith Raffineux (ou Raffineur). On peut penser que Luc Peron y est aussi, pour et au nom de son frère mineur, François. Agissant pour son frère, Luc aurait donc demandé à un ami teinturier - Loubie(r) - d'agir comme parrain et de donner son prénom à l'enfant naturel. Il est peu probable que François était présent au baptême de son fils.

Le dédommagement
On peut s'interroger sur le rôle de Luc et de son influence sur son frère car, peu avant la naissance, le 5 novembre 1638, François fait cession et transport de ses droits et actions (sur l'enfant) à Jeanne Suire devant Gastineau, notaire au comté de Benon. Mais il n'y a aucune trace de ce document dans le minutier de Guiet Gastineau conservé aux Archives départementales de la Vienne. Ce dédommagement aurait-il été obtenu en justice?

Le 8 avril 1639, Luc Peron, au nom de son frère, remet à Jeanne Suire 36 livres « sur et en déduction de la somme de 50 livres qu'il restait à payer par François pour Jeanne ». Rappelons les faits. En 1638, François n'a que 23 ans. Étant mineur et sa mère décédée en 1635, c'est l'aîné - Luc - qui possède les droits sur François et ce, jusqu'à sa majorité (25 ans). C'est tout ce que nous savons sur le « prix à
payer » par François à Jeanne. Mais il dut y avoir beaucoup plus :
- qu'un montant d'argent (60 livres) soit accordé;
- que l'enfant porte le nom de sa mère : Suire;
- qu'il embrasse la Religion Prétendue Réformée (le calvinisme);
- que le père le prenne en charge dès l'âge de 8 ans.

Malgré tout, le geste est posé et Jeanne doit accoucher dans les jours qui suivent. Quant à François, sa destinée annonçait-elle cette séparation sentimentale?